Le cardinal Fridolin Ambongo plaide pour un dialogue national inclusif en République démocratique du Congo. Intervenant le 26 octobre 2026 en Italie, lors d’une rencontre interreligieuse pour la paix organisée par la Communauté de Sant’Egidio, l’archevêque métropolitain de Kinshasa a insisté sur la nécessité de dialoguer, même avec ceux que l’on considère comme des ennemis.
« Un dialogue qui exclut ceux avec qui l’on est en guerre n’est pas un dialogue : c’est un monologue », a-t-il déclaré, estimant qu’une paix durable exige de dépasser les divisions et de privilégier la négociation à la confrontation armée.
Cette prise de position intervient alors que le dialogue national annoncé par le président Félix Tshisekedi suscite des divergences sur la participation des acteurs politiques et des groupes impliqués dans le conflit armé dans l’Est du pays.
Le chef de l’État a annoncé l’organisation d’un dialogue national, tout en excluant de ce cadre les groupes ayant pris les armes contre la République. Ces derniers étaient plutôt concernés par des processus spécifiques de négociation, notamment celui de Doha, engagé entre le gouvernement congolais et l’Alliance Fleuve Congo (AFC/M23).
Ce mouvement a depuis été remplacé par le Front pour la refondation de la nation (FRN), une structure politico-militaire dirigée par l’ancien président Joseph Kabila. Corneille Nangaa et Bertrand Bisimwa figurent notamment parmi ses vice-présidents.
Cette approche a été contestée par l’opposition, qui réclame un dialogue réunissant toutes les parties concernées par la crise. Des voix se sont notamment élevées pour demander la participation de Joseph Kabila et de Corneille Nangaa, estimant qu’aucune solution durable ne peut être trouvée sans prendre en compte les principaux protagonistes du conflit.
Pour le cardinal Ambongo, la recherche de la paix exige de dépasser les antagonismes.
« La paix ne se fait pas entre amis ; elle se fait entre adversaires qui acceptent de se reconnaître comme frères », a-t-il souligné.
Le prélat a également opposé la logique des armes à celle du dialogue, rappelant que la guerre engendre des souffrances humaines considérables, tandis que la négociation peut ouvrir la voie à la réconciliation. Il a, par ailleurs, appelé la communauté internationale à s’attaquer aux circuits commerciaux des minerais qui contribuent au financement des conflits.
Son plaidoyer rejoint les préoccupations de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et de l’Église du Christ au Congo (ECC), qui défendent un pacte social pour la paix et le bien-vivre ensemble.
En évoquant l’expérience du Mozambique, où la Communauté de Sant’Egidio a contribué au processus ayant abouti à l’accord de paix de 1992, Ambongo rappelle que des adversaires peuvent parvenir à un compromis après des années de confrontation.
Pour le cardinal, le refus de dialoguer avec ses adversaires risque de prolonger l’impasse, alors que la RDC cherche toujours une issue durable à la crise sécuritaire.
Matthieu BEYA
