Le professeur Jacques Djoli a livré son analyse sur la crise sécuritaire et politique que traverse la République démocratique du Congo, lors de son intervention dans le Space X animé par le journaliste Stanis Bujakera.
Au cours de cet échange, le constitutionnaliste a notamment évoqué le rôle de Joseph Kabila dans la crise actuelle ainsi que les ambitions qu’il attribue au Rwanda dans l’Est de la RDC.
Selon Jacques Djoli, l’ancien président Joseph Kabila et l’AFC/M23 s’inscriraient, à ses yeux, dans une stratégie plus large qu’il attribue au Rwanda. Il estime que ces acteurs ne seraient que des « pions » d’une stratégie hégémonique visant notamment à affaiblir et à fragmenter la République démocratique du Congo.
Le professeur Djoli considère que cette stratégie poursuivrait des intérêts à la fois économiques et démographiques. Il fait également référence aux frontières héritées de la Conférence de Berlin, estimant que leur remise en cause pourrait contribuer à fragiliser davantage l’intégrité territoriale de la RDC.
Interrogé sur le risque d’une balkanisation du pays, Jacques Djoli estime que le phénomène pourrait déjà être perceptible sur le terrain. Il parle ainsi d’une « balkanisation de fait », susceptible, selon lui, d’évoluer vers une « fragmentation de droit » si la situation venait à se consolider politiquement et juridiquement.
Pour lui, la préservation de l’unité territoriale de la RDC nécessite une volonté commune des Congolais et une mobilisation autour de la défense de l’intégrité du territoire national.
Jacques Djoli s’est interrogé sur la situation de Joseph Kabila, un ancien chef de l’État qui, après avoir dirigé le pays pendant 18 ans, se retrouve aujourd’hui associé politiquement à des responsables de l’AFC/M23.
« Ce n’est pas normal que quelqu’un qui a été président pendant 18 ans puisse s’asseoir aujourd’hui avec Makenga et Bisimwa », a déclaré Jacques Djoli.
Le professeur a toutefois estimé que si Joseph Kabila devait être considéré comme un acteur de la rébellion, il ne devrait pas être simplement écarté des discussions visant à rechercher une solution à la crise.
« Si, pour des raisons qui sont les siennes et qui manifestement sont inadmissibles, il se fait rebelle, il faut qu’on l’invite, lui, parce que s’il n’est pas là, nous ne serons pas en paix », a-t-il ajouté.
À travers cette position, Jacques Djoli plaide donc pour que la recherche de la paix prenne en compte l’ensemble des acteurs susceptibles d’influencer l’évolution de la crise, tout en maintenant, selon lui, le principe de l’intégrité territoriale de la RDC.
Matthieu BEYA
