Les Peuples Autochtones ont clôturé mercredi, à Inongo, deux journées d’échanges consacrées à leurs droits, à la gestion durable des forêts et aux perspectives de développement local. Organisées les 15 et 16 septembre dans la salle du Cinquantenaire à l’occasion de la Journée internationale des Peuples Autochtones (JIPA) 2026, ces assises ont également permis de mettre en avant les savoirs traditionnels, l’artisanat et la pharmacopée des communautés forestières.

Organisées par le Réseau des Populations Autochtones et Locales pour la gestion durable des Écosystèmes Forestiers de la RDC (REPALEF), avec l’appui technique et financier de l’UC-PIF, dans le cadre du CAVRE/ERPA du PRE Maï-Ndombe, issu du contrat conclu entre le Gouvernement de la RDC et la Banque mondiale, les Journées portes ouvertes ont réuni 186 participants, dont 94 représentants des Peuples Autochtones.

Au cours des échanges, les participants ont relevé les avancées enregistrées en matière de réduction des émissions, de financement des investissements locaux, de participation communautaire et de reconnaissance juridique des droits des Peuples Autochtones. Ils ont également été informés des perspectives après l’échéance du Contrat d’Achat/Vente des Réductions des Émissions (CAVRE/ERPA), prévue en juin 2027.

Prenant la parole, le Coordonnateur provincial de la DGPA, Nkanda Bokelo, a présenté les actions menées en faveur des communautés autochtones, en insistant sur la nécessité de considérer leurs connaissances comme un véritable levier de développement. Selon lui, la DGPA, réseau national des peuples autochtones pygmées, défend une vision d’une RDC inclusive. Son action porte notamment sur la valorisation d’un patrimoine immatériel riche mais vulnérable, constitué des savoirs forestiers, de l’art, de l’artisanat et de la pharmacopée traditionnelle.

Il a cité deux expériences concrètes. À Loile-Mpaaha, la permaculture est développée sur 20 hectares au bénéfice de 20 familles, avec notamment une dotation en vélos pour faciliter l’évacuation des produits. Dans le territoire de Kiri, la foresterie communautaire a permis la sécurisation des droits grâce à l’obtention de deux titres de Concessions forestières des communautés locales (CFCL), avec l’appui de la cartographie participative et du GPS.

Malgré ces avancées, Nkanda Bokelo a relevé plusieurs difficultés, notamment l’accès limité à la terre et au financement ainsi que la faible valorisation des produits issus des communautés. Pour lui, le savoir-faire autochtone ne doit pas être considéré comme un héritage figé du passé, mais comme « un actif stratégique pour l’avenir ». Il estime qu’investir dans les Peuples Autochtones revient également à investir dans la stabilité climatique et la paix sociale du Maï-Ndombe.

De son côté, Jacques Bokolo, point focal du REPALEF de la communauté PA à Inongo, a salué la quotité de 2 % réservée aux Peuples Autochtones dans le cadre du Plan de partage des bénéfices, tout en appelant à une exécution effective des activités prévues. « Nous remercions l’UC-PIF par rapport à nos 2 % pour lesquels nous n’avions pas le moindre espoir qu’ils nous reviennent », a-t-il déclaré, souhaitant que les travaux soient réalisés conformément aux attentes des bénéficiaires.

Le chef de mission de l’UC-PIF a, pour sa part, salué la qualité des échanges et réaffirmé la disponibilité de la structure à accompagner les initiatives en faveur des Peuples Autochtones et de la gestion durable des forêts.« Aucune transformation durable ne peut être construite dans l’isolement. Elle exige le dialogue, la concertation, le partage d’expériences et la mise en commun des compétences », a-t-il déclaré.

Clôturant officiellement ces Journées portes ouvertes, le gouverneur du Maï-Ndombe Nkoso Kevani Lebon, a assuré les Peuples Autochtones de son implication dans le suivi des projets qui les concernent, notamment la construction de trois centres de santé modernes à Bobangi, Penzele et Oshwe. « Je suis présent pour faire pression afin qu’au plus vite, tous vos projets puissent intégralement se réaliser », a-t-il assuré. Le gouverneur a précisé que les documents désignant les sites des trois centres de santé avaient été reçus et que les frais administratifs y afférents avaient été réglés. Il a également annoncé l’acheminement prochain à Inongo des équipements déjà acquis.

La deuxième journée a par ailleurs été marquée par des expositions, des démonstrations de savoir-faire traditionnels, des prestations artistiques et la présentation de produits issus de l’artisanat et de la pharmacopée traditionnelle. Ces activités ont mis en évidence le lien entre la préservation de la biodiversité, la protection des forêts et la transmission des connaissances ancestrales.

À l’issue des travaux, les participants ont recommandé notamment d’accélérer l’élaboration et l’adoption des textes d’application de la Loi n°22/030 et de renforcer sa vulgarisation dans les territoires du Maï-Ndombe. Ils ont également proposé la création d’un mécanisme provincial de suivi de son application associant autorités publiques, communautés autochtones, société civile et partenaires.

Les recommandations portent aussi sur l’application effective du principe de Consentement Libre, Informé et Préalable (CLIP), la cartographie participative des espaces traditionnellement utilisés par les communautés autochtones, ainsi que l’amélioration de leur accès à l’état civil, à l’éducation, à la santé et à la justice.

Les participants ont appelé au renforcement de leur accès aux opportunités économiques, à une plus grande représentation des femmes et des jeunes autochtones dans les instances de décision, ainsi qu’à la valorisation des connaissances traditionnelles dans les initiatives de conservation et de développement durable.

Concernant le PRE du Maï-Ndombe, ils ont recommandé la poursuite effective du Plan de Partage des Bénéfices, la monétisation des crédits excédentaires présents et à venir, le renforcement des consultations des parties prenantes et des capacités des acteurs locaux, ainsi que la mobilisation de financements complémentaires pour assurer la continuité des actions après l’échéance du CAVRE/ERPA.

Ces Journées portes ouvertes avaient pour objectif d’informer le grand public, les décideurs et les différents acteurs du Programme de Réduction des Émissions (PRE) sur la manière dont le Gouvernement de la RDC met en œuvre, à travers le mécanisme CAVRE/ERPA conclu avec la Banque mondiale, la reconnaissance et la participation des Peuples Autochtones dans la gestion et la protection durable des écosystèmes forestiers. Elles visaient également à lancer officiellement les activités des Agences Locales d’Exécution (ALE) liées au CAVRE/ERPA du PRE dans la province du Maï-Ndombe, tout en renforçant l’information, la sensibilisation et le dialogue autour du Programme de Réduction des Émissions, de la mise en œuvre du Plan de Partage des Bénéfices et des activités réalisées en faveur des Peuples Autochtones. Les échanges ont également porté sur la vulgarisation de la Loi n°22/030 du 15 juillet 2022 portant protection et promotion des droits des Peuples Autochtones Pygmées en RDC, ainsi que sur la valorisation des savoirs traditionnels, de l’art, de l’artisanat et de la pharmacopée des communautés autochtones.

Les participants ont enfin réaffirmé leur engagement en faveur d’une gestion durable des ressources forestières fondée sur la participation active des communautés locales et des Peuples Autochtones, dans le respect de leurs droits, de leurs cultures et de leurs savoirs traditionnels.

G.EKOLE

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