Les Journées portes ouvertes consacrées aux peuples autochtones se tiennent à Inongo sous la conduite du gouverneur de la province du Maï-Ndombe, Nkoso Kevani Lebon. Organisées par le REPALEF, avec l’appui technique et financier de l’UC-PIF, dans le cadre du CAVRE/ERPA du PRE Maï-Ndombe, ces activités ont également marqué le lancement officiel des activités communautaires des Agences locales d’exécution (ALE).

Tenues le 15 septembre 2026, dans la salle Cinquantenaire des Sœurs à Inongo, les assises ont réuni les autorités politico-administratives, les services techniques, les organisations de la société civile, les structures partenaires ainsi que plusieurs peuples autochtones venus de différents villages et territoires de la province.

Ouvrant les travaux, le gouverneur Nkoso Kevani Lebon a souhaité la bienvenue aux différentes délégations et salué la tenue de ces journées consacrées aux peuples autochtones. Il a également adressé ses remerciements au président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, avant de replacer l’activité dans le contexte du Programme de réduction des émissions du Maï-Ndombe. Pour le gouverneur, cette rencontre ne se limite pas à la célébration de la Journée internationale des peuples autochtones. Elle constitue également une étape concrète dans la mise en œuvre des engagements pris en faveur de ces communautés.
Il a notamment évoqué la pose de la première pierre à Bobangi pour la construction de l’un des trois postes de santé modernes destinés aux peuples autochtones. À ses yeux, cette infrastructure traduit la volonté de faire bénéficier directement les communautés des retombées du programme. Nkoso Kevani Lebon a également insisté sur le rôle des peuples autochtones dans la conservation des forêts et de la biodiversité, estimant que la protection des forêts ne peut être dissociée de la reconnaissance, de la participation et de la valorisation des populations qui y vivent.
Revenant sur l’historique du PRE, il a rappelé que le programme avait été approuvé par la Banque mondiale en 2017 et qu’un accord avait été conclu en 2018 avec le Fonds carbone de la Banque mondiale dans le cadre de l’ERPA. Cet accord porte sur la réduction pouvant atteindre 11 millions de tonnes de CO₂, au prix de 5 dollars américains par tonne, soit une valeur maximale annoncée de 55 millions de dollars américains.
Le gouverneur a également rappelé l’existence d’un mécanisme de partage des bénéfices prévoyant notamment une quotité historique de 2 % au profit des peuples autochtones, indépendamment des paiements liés à la performance.
Il a indiqué que les consultations menées en août 2025 avaient permis d’identifier les besoins et priorités des communautés autochtones. Les Journées portes ouvertes doivent ainsi permettre de vulgariser les mécanismes du PRE, de présenter le plan d’activités des peuples autochtones, de faire connaître la Loi n°22/030 du 15 juillet 2022, mais aussi de valoriser les savoirs traditionnels, l’artisanat et la pharmacopée.
Prenant la parole, Guy Ipanga, Coordonnateur national de la CN-REDD, a présenté les fondements du mécanisme REDD+ et les objectifs poursuivis par le Programme de réduction des émissions du Maï-Ndombe. Il a notamment expliqué le sens du « + » dans REDD+, qui renvoie à la conservation et à l’augmentation des stocks de carbone forestier ainsi qu’à la gestion durable des forêts. Son exposé a également porté sur le cadre contractuel du CAVRE/ERPA conclu entre la RDC et la Banque mondiale, les mécanismes de suivi et de notification des réductions d’émissions ainsi que les prochaines étapes du programme.
Selon les données présentées, les 11 millions de tonnes de CO₂ prévues dans l’accord sont réparties sur plusieurs périodes de suivi couvrant notamment 2019-2020, 2021-2022 et 2023-2024. Deux paiements ont déjà été effectués par l’UC-PIF, notamment un premier montant de 19.479.010 dollars américains et un second paiement anticipatif de 14 millions de dollars. Le solde indiqué dans la présentation s’élève à 3.587.815 dollars américains, tandis qu’un troisième rapport de suivi est en préparation avec l’appui des experts de la DIAF.
La question du partage des bénéfices a occupé une place importante dans les travaux. Les participants ont été informés de la répartition prévue dans le cadre du plan de partage des bénéfices. Parmi les allocations présentées figurent notamment 2 millions de dollars pour le gouvernement provincial, soit 3,64 %, et 2,5 millions de dollars pour l’Unité de gestion du programme, soit 4,55 %. Une part de 2 %, correspondant à environ 1,01 million de dollars pour chacun des deux groupes concernés, est destinée respectivement aux peuples autochtones et aux communautés locales au titre de la reconnaissance historique. La plus grande partie du financement, soit 87,81 %, correspond aux paiements liés à la performance, avec notamment 70,5 % destinés au PIREDD et 17,5 % aux projets communautaires et privés imbriqués.
Les présentations ont également abordé les perspectives après l’ERPA. Le contrat doit arriver à échéance le 30 juin 2027, avec comme perspectives la poursuite du partage des bénéfices, le suivi et la notification, la mise en place d’un mécanisme appelé à prendre la relève du CAVRE/ERPA, le renforcement des capacités locales et la possibilité de valoriser les crédits carbone excédentaires détenus par la RDC.
Dans un entretien accordé à la presse en marge de l’activité, Ignace Monza Bonda, Point focal de l’UC-PIF, a expliqué que cette nouvelle phase vise principalement à matérialiser les décisions prises à partir des besoins exprimés par les communautés. Il a rappelé que le PRE Maï-Ndombe est mis en œuvre avec la participation du REPALEF, avec l’appui technique et financier de l’UC-PIF dans le cadre du CAVRE/ERPA.
Selon lui, les peuples autochtones et les communautés locales figurent parmi les bénéficiaires du mécanisme de partage des bénéfices, notamment à travers la reconnaissance historique prise en compte dans le plan de partage. Ignace Monza Bonda a appelé les autorités, les médias et les différents partenaires à accompagner le programme jusqu’à l’achèvement des activités. Il estime que la réussite de ces interventions peut contribuer à positionner davantage le Maï-Ndombe dans les mécanismes de financement climatique, notamment dans le bassin du Congo.
Il a également insisté sur la nécessité d’entretenir les mécanismes permettant de maintenir les « cercles vertueux du carbone », en soulignant que la mobilisation des financements climatiques nécessite l’implication et l’engagement stratégique de l’ensemble des parties prenantes.
Trois postes de santé modernes sont prévus, en lien avec les zones de santé de la province. La pose de la première pierre à Bobangi constitue l’une des premières matérialisations de ce plan. D’autres activités sont également annoncées, notamment la sensibilisation, le renforcement des capacités, les activités génératrices de revenus, la formation des femmes à certains métiers, particulièrement la couture, ainsi que la mise en place des associations villageoises d’épargne et de crédit.
Pour Ignace Monza Bonda, le choix d’organiser la Journée internationale des peuples autochtones à Inongo, plutôt que dans un seul village, répond à la volonté de réunir les peuples autochtones avec les autorités provinciales, les services techniques, le REPALEF, le GTCR et les ALE autour d’un même espace d’échanges. Le Point Focal a expliqué que leur sélection a été réalisée à travers un processus compétitif qui s’est étendu sur plusieurs mois. Ces structures doivent désormais intervenir dans les différents territoires comme maîtres d’ouvrage délégués, avec la responsabilité de mettre en œuvre les activités retenues dans les plans communautaires.
Selon lui, les ALE disposent d’une connaissance du terrain, certaines ayant déjà participé à la mise en œuvre des activités du PIREDD. La nouvelle phase doit notamment permettre de tirer les leçons des expériences antérieures et de corriger les faiblesses constatées.
L’UC-PIF entend assurer un suivi rapproché de leur travail sur le terrain. Les ALE devront respecter leurs engagements contractuels, présenter régulièrement l’état d’avancement de leurs activités et faire l’objet d’évaluations. Le Point focal de l’UC-PIF a par ailleurs encouragé les médias à jouer leur rôle dans le suivi et la restitution des résultats des interventions auprès des communautés.
De son côté, Julien Kabaloko, chargé du Projet ERPA/UC-PIF Maï-Ndombe, a présenté le mécanisme relatif à la quotité de 2 % destinée aux peuples autochtones. Il a rappelé que la forêt constitue pour ces communautés un espace de vie, une source de revenus, mais également un élément essentiel de leur identité et de leur culture. Son intervention a notamment porté sur les engagements pris dans le cadre du plan d’activités des peuples autochtones, les paiements effectués, les équipements prévus et les infrastructures sanitaires retenues.
Prenant la parole au nom du point focal du REPALEF, Nsosombo Joseph a consacré son intervention à la Loi n°22/030 du 15 juillet 2022 portant protection et promotion des droits des peuples autochtones.
Il a notamment évoqué les droits relatifs aux savoirs traditionnels, à la pharmacopée, aux sites sacrés, à l’accès aux terres et aux ressources naturelles ainsi qu’au consentement libre, préalable et éclairé. Il a appelé les personnes instruites au sein des communautés à s’approprier cette législation afin de contribuer à sa vulgarisation. L’intervenant a également relevé plusieurs défis, notamment la sécurisation des terres et des ressources, l’adoption des mesures d’application et la nécessité d’une gouvernance davantage inclusive.
Les échanges avec les participants ont permis de soulever plusieurs préoccupations. Le ministre provincial du Développement rural, Moïse Bokote, a notamment interrogé les responsables du programme sur le temps restant avant l’échéance contractuelle de juin 2027 et sur les activités qui ne seraient pas encore achevées. En réponse, le chargé du projet ERPA a précisé que l’arrivée à échéance du contrat au 30 juin 2027 ne signifie pas automatiquement l’arrêt de toutes les interventions déjà engagées, certaines activités d’investissement pouvant se poursuivre au-delà de cette échéance selon les mécanismes prévus.
Le ministre provincial des Finances, Aimé Mikolo, a pour sa part soulevé la question du retard observé dans la mise à disposition de la quotité destinée aux peuples autochtones.
Les responsables du projet ont expliqué que le processus avait nécessité l’identification des besoins, des structures et des bénéficiaires, ainsi que la procédure d’acquisition des équipements. Une partie du matériel déjà acheté doit être acheminée vers Inongo.
La représentation provinciale de la jeunesse a également interrogé la CN-REDD sur les mécanismes de réduction des émissions de gaz à effet de serre, la place des jeunes dans le programme et les espèces d’arbres à croissance rapide pouvant être utilisées dans les actions de reboisement. La CN-REDD a notamment évoqué l’agroforesterie, la mise en défens, le reboisement et la gestion durable des terres, tout en insistant sur le renforcement des capacités des jeunes et leur implication dans les initiatives économiques et la gouvernance locale.
Pour les responsables du programme, le déploiement effectif des ALE permettra désormais de passer de la planification à l’exécution des activités communautaires.
Leur travail devra être suivi afin d’évaluer concrètement la pertinence des actions retenues, leur mise en œuvre et leur impact sur les conditions de vie des populations concernées. Les Journées portes ouvertes d’Inongo auront ainsi servi de cadre à la présentation du PRE Maï-Ndombe, à la vulgarisation des droits des peuples autochtones, à la clarification du mécanisme de partage des bénéfices et au lancement d’une nouvelle étape d’intervention communautaire à travers les ALE.
G.EKOLE
