Le Cardinal Fridolin Ambongo Besungu a animé, mardi 12 mai 2026 à Inongo, un point de presse à l’issue de l’Assemblée épiscopale provinciale de Kinshasa. Au cours de cette rencontre avec les médias, l’archevêque de Kinshasa est revenu en détail sur les travaux réalisés par les évêques, les missions pastorales de l’Église, les enjeux sécuritaires dans le pays ainsi que sur le paradoxe entre les énormes richesses naturelles du Mai-Ndombe et la pauvreté qui frappe sa population.

D’entrée de jeu, le Cardinal Ambongo a expliqué les raisons de la tenue de cette assemblée à Inongo, rappelant que la République démocratique du Congo est subdivisée, conformément aux statuts de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), en six provinces ecclésiastiques, notamment Kinshasa, Mbandaka, Bukavu, Lubumbashi, Kisangani et Kananga.
Selon lui, chaque province ecclésiastique dispose de ses propres structures et les évêques ont l’obligation de se réunir régulièrement afin d’évaluer la vie de leurs diocèses respectifs.
“Quand les évêques se réunissent, nous commençons d’abord par examiner la situation socio-pastorale de tous les diocèses : les joies et les peines du peuple de Dieu, les réalités vécues dans chaque diocèse. Après ce travail, nous adressons généralement un message au peuple de Dieu, ce que nous avons également fait ici à Inongo”, a-t-il expliqué.
Le prélat catholique a également indiqué que ces rencontres permettent d’évaluer le fonctionnement des différentes structures ecclésiales de la province, notamment les grands séminaires, les œuvres de la Caritas, les structures de santé, les programmes de développement intégral ainsi que la vie consacrée. Il a souligné que les religieux, religieuses et laïcs participent aussi à cette dynamique à travers leurs représentants qui présentent des rapports aux évêques afin de permettre une meilleure orientation pastorale.
“Tous ces rapports nous permettent de lever des options pastorales pour l’avenir. Nous donnons des orientations et chaque évêque retourne ensuite dans son diocèse pour les mettre en application. Nous profitons également de ces moments pour renouveler certains mandats et procéder à des nominations lorsque cela s’avère nécessaire”, a précisé le Cardinal Ambongo.
L’archevêque de Kinshasa s’est par ailleurs réjoui de l’accueil réservé aux évêques par les fidèles d’Inongo, soulignant le caractère historique de cette visite.
“C’est quand même la première fois dans l’histoire du diocèse d’Inongo que tous les évêques de la province viennent ici pour leurs travaux. J’ai été très heureux de vivre cette expérience et de voir la joie du peuple contemplant ses propres pasteurs. C’était une joie partagée entre les pasteurs et les fidèles”, a-t-il déclaré.
Abordant ensuite la question sécuritaire, le Cardinal Ambongo a rappelé que la gestion des conflits armés relevait avant tout de la responsabilité de l’État.
“S’agissant des problèmes de l’insécurité, c’est la responsabilité de l’État. Il n’appartient pas aux évêques ni à l’Église de proposer des solutions militaires aux conflits armés”, a-t-il affirmé.
Cependant, il a insisté sur le rôle moral et spirituel de l’Église dans l’éveil des consciences, particulièrement celles des dirigeants politiques.
“Le rôle de l’Église, c’est de travailler sur les consciences des personnes, surtout celles des dirigeants, afin qu’ils prennent ces conflits au sérieux. Ces guerres tirent notre peuple vers le bas. Voilà pourquoi nous ne cessons d’interpeller les uns et les autres pour que les populations puissent enfin vivre en paix”, a ajouté le Cardinal.
Le prélat catholique a également évoqué sa découverte du Mai-Ndombe, affirmant qu’il foulait pour la première fois le sol du diocèse d’Inongo. Il s’est dit profondément impressionné par les richesses naturelles et les potentialités économiques de cette province.Il a notamment raconté avoir effectué une traversée sur le lac Mai-Ndombe à bord d’un canon rapide, une expérience qui l’a marqué.
“Nous étions impressionnés par la couleur de l’eau. Elle est noire, ce qui explique d’ailleurs le nom Mai-Ndombe. Mais lorsque l’hélice du canon tournait, la couleur changeait et devenait dorée. Cela signifie qu’il y a de la richesse en dessous. Les experts parlent même du pétrole”, a-t-il expliqué.
Selon lui, la province dispose d’immenses ressources naturelles capables de favoriser son développement rapide.
“Il ne faut pas creuser très loin pour trouver de la matière précieuse ici. Il y a la forêt, une nature généreuse et tout ce qu’il faut pour le décollage de cette province”, a-t-il souligné.
Malgré ces potentialités, le Cardinal Ambongo a dénoncé les conditions de vie difficiles des populations locales.
“Je suis impressionné par la misère du peuple malgré autant de potentialités. Mais ce paradoxe n’est pas seulement celui du Mai-Ndombe ; c’est le paradoxe de l’ensemble de notre pays : un pays immensément riche avec un peuple extrêmement pauvre”, a regretté l’archevêque de Kinshasa.
Face à cette situation, le Cardinal a lancé un appel à l’unité et au vivre-ensemble, estimant que les divisions constituent un frein au développement de la province.
“Le peuple de cette province devrait apprendre à se serrer les coudes au lieu de se diviser. Il faut conjuguer les efforts, car lorsqu’on se met ensemble, on devient plus fort”, a-t-il insisté.
Le Cardinal Ambongo a enfin plaidé pour une collaboration harmonieuse entre les communautés, les responsables politiques, les institutions publiques et l’Église afin de servir efficacement la population.
“J’attends de cette province la convivialité et la promotion du vivre-ensemble harmonieux, que ce soit entre les communautés, entre les responsables politiques, entre les institutions ou encore entre l’État et l’Église, puisque nous sommes tous au service du même peuple qui souffre. Si cette province arrive à conjuguer toutes ses potentialités, elle peut décoller à tout moment”, a-t-il conclu.
Le Cardinal Fridolin Ambongo Besungu a appelé les populations, les autorités et toutes les forces vives du Mai-Ndombe à privilégier l’unité, le vivre-ensemble et la mise en valeur des richesses de la province afin de sortir la population de la pauvreté et ouvrir la voie à un véritable développement.
G.EKOLE
