Face aux tensions croissantes liées aux incursions des éléphants dans les espaces agricoles des communautés, l’ingénieur Stephin Mbokolo, chercheur congolais spécialisé dans l’environnement, la qualité environnementale et le développement durable, appelle à privilégier des solutions durables plutôt que le recours systématique à l’abattage des animaux. Il s’est exprimé ce lundi 24 août dans le cadre d’un échange citoyen organisé sur le forum Maï-Ndombe News.

Pour cet expert, la protection des populations doit demeurer une priorité lorsqu’un éléphant détruit les cultures et menace directement les moyens de subsistance des communautés. Toutefois, l’abattage ne devrait être envisagé, selon lui, qu’en dernier recours, après l’épuisement des différentes mesures de prévention et de gestion des conflits homme-faune.

Stephin Mbokolo invite surtout à s’interroger sur les causes profondes de ces incursions. Il cite notamment la fragmentation des habitats, la disparition des corridors écologiques, la pression exercée sur les ressources naturelles et les effets des changements climatiques, autant de facteurs susceptibles de rapprocher davantage la faune des zones habitées. Au-delà de l’urgence sécuritaire et agricole, le chercheur estime que ces conflits peuvent constituer une opportunité pour le Maï-Ndombe afin de mobiliser davantage de ressources en faveur de la conservation.

Il préconise notamment la sécurisation des corridors écologiques, la restauration des habitats naturels, la mise en place de systèmes d’alerte précoce, mais également l’indemnisation ou l’accompagnement des communautés victimes des dégâts causés par les éléphants. Selon lui, le potentiel environnemental du Maï-Ndombe constitue un argument majeur pour attirer des financements. La province dispose notamment d’importantes ressources en biodiversité, en forêts et en tourbières, ainsi que d’opportunités liées au carbone, à la conservation, à la REDD+ et aux services écosystémiques.

S’adressant particulièrement au Gouvernement provincial, Stephin Mbokolo appelle à l’adoption d’une véritable stratégie de mobilisation des financements consacrés à la conservation et à la gestion des conflits homme-faune.
Pour lui, l’enjeu ne consiste pas uniquement à attendre les ressources provenant de Kinshasa, mais à identifier les mécanismes de financement disponibles, préparer des projets crédibles et défendre les intérêts de la province auprès des partenaires susceptibles de les soutenir.

« L’argent ne vient pas simplement parce qu’on reste dans un bureau en attendant. Il faut aller le chercher là où il se trouve, préparer des projets solides, défendre les intérêts de la Province et frapper aux bonnes portes », a-t-il soutenu. Dans cette perspective, le chercheur considère les conflits homme-faune comme un nouvel argument pouvant être intégré dans les projets environnementaux et de développement durable du Mai-Ndombe.

Pour Stephin Mbokolo, la conservation ne doit toutefois pas être opposée aux intérêts des populations.

« Protéger l’éléphant ne signifie pas sacrifier l’agriculture ou la sécurité alimentaire des communautés. Et protéger les communautés ne signifie pas nécessairement éliminer les éléphants », fait-il valoir.

Le véritable défi, selon lui, réside dans la construction d’une coexistence durable entre les populations et la faune, soutenue par des moyens financiers, techniques et institutionnels adaptés.

Il invite ainsi les autorités provinciales, les communautés et les acteurs de la conservation à porter davantage ce débat et à faire du Maï-Ndombe une province capable de transformer ses défis environnementaux en opportunités de développement au bénéfice des populations locales.

G.EKOLE

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