C’est une scène que plus personne n’imaginait vivre à Mungoma, petit village du Kwilu : un léopard, pris dans un piège artisanal destiné à de petits gibiers, a été capturé le samedi 17 mai, créant une onde de choc dans toute la région. Tombée comme un éclair dans un ciel serein, la nouvelle a bouleversé le quotidien de cette bourgade du secteur de Banga, située à près de 60 kilomètres d’Idiofa.

Ce n’est pas seulement la rareté de l’animal qui frappe, mais la portée symbolique de son retour. Car dans les récits des anciens, cela faisait près de deux siècles que l’on n’avait vu un tel fauve dans les forêts alentour. L’émotion collective, immédiate, a vite dépassé l’étonnement : chants, rassemblements, invocations… Mungoma a réagi comme si un esprit ancien était revenu frapper à sa porte.

À rebours des réflexes habituels, le chef coutumier du village a interdit toute consommation de la viande. Pour lui, cet animal n’est pas une proie, mais un totem. Une incarnation physique d’une autorité ancienne, d’un lien oublié entre l’homme et la forêt. Le léopard, abattu puis porté sur des bâtons en bois dans une procession improvisée, est devenu l’objet de photos, de vidéos, de transmission, non d’appropriation.

Ce que certains médias rapportent comme une curiosité zoologique, Mungoma l’a vécu comme un message du vivant. Le territoire d’Idiofa, en apparence loin des enjeux environnementaux globaux, voit ici ressurgir une question fondamentale : que reste-t-il de notre lien aux grands équilibres naturels ? Et que signifie le retour, même accidentel, d’un animal aussi chargé de symboles ?

Adelar Kintolo, administrateur du territoire, ne cache pas sa surprise : « Le léopard appartient à notre histoire, mais plus à notre présent. Le revoir, c’est comme entendre un vieux tambour qu’on croyait brisé. »

Au-delà du fait divers, Mungoma pose donc une question que peu de médias osent formuler : la nature nous parle-t-elle encore ? Et savons-nous encore l’écouter ?

Matthieu BEYA

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