Le Prix Nobel de la paix, Dr Denis Mukwege, a vivement dénoncé l’accord de paix signé le vendredi 27 juin dernier à Washington entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda, sous la médiation des États-Unis. Il qualifie ce texte de « dangereux », « injuste » et de « marché de dupes ».

En marge d’une soirée de soutien à l’hôpital de Panzi à Bruxelles ce même jour, le gynécologue congolais a exprimé de profondes inquiétudes quant aux implications de cet accord. Il accuse les signataires de sacrifier la souveraineté nationale et la justice des victimes sur l’autel d’intérêts géopolitiques et économiques. « Comment parler de paix lorsque l’agresseur n’est pas reconnu comme tel ? Comment construire une paix durable sans justice pour les millions de victimes ? », a lancé Dr Mukwege dans un discours ferme et engagé.

Le célèbre défenseur des droits humains dénonce plusieurs points clés de l’accord, notamment la légalisation de la présence de l’armée rwandaise à l’Est de la RDC, à travers un mécanisme de sécurité conjoint, l’absence de sanctions contre Kigali, malgré les rapports documentant le soutien du Rwanda aux rebelles du M23 et la cogestion des ressources minières entre les deux pays, qu’il assimile à un « pillage institutionnalisé ».

Dr Mukwege met en garde contre la répétition des erreurs du passé avant d’exhorter ainsi le peuple congolais à rester vigilant et à se mobiliser pacifiquement, affirmant que tout accord international qui prive la nation de ses richesses naturelles ou légitime l’occupation d’une puissance étrangère constitue un acte de trahison, au regard de la Constitution congolaise.

En guise de solution durable, Mukwege plaide pour la revitalisation de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba de 2013 et la convocation d’une conférence internationale de haut niveau. Selon lui, seule une approche multilatérale, fondée sur la justice, la vérité et les réparations, peut ramener une paix réelle et durable dans la région des Grands Lacs.

Matthieu BEYA

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