La situation relative à l’absence de Mai-Ndombe dans le discours du Président Félix Tshisekedi devant les deux chambres du parlement réunies en congrès le 08 décembre dernier ne relève pas seulement d’un simple « oubli administratif : elle révèle un problème structurel dans la manière dont certaines provinces parviennent ou ne parviennent pas à se positionner dans l’arène nationale.
D’un point de vue politologique, l’annonce présidentielle est un moment hautement symbolique où chaque province cherche à inscrire son nom dans les priorités nationales. L’absence du Mai-Ndombe dans cette séquence traduit un déficit de plaidoyer stratégique au niveau national. Dans les systèmes politiques où la compétition provinciale existe, les provinces qui ne disposent pas d’un leadership cohérent risquent toujours de passer au second plan.
Sur le plan anthropologique et sociopolitique, Mai-Ndombe est un espace marqué par des clivages internes, des fidélités fragmentées et des rivalités élitaires parfois plus fortes que les objectifs communs. Cette dynamique produit ce que les sociologues appellent une « dispersion des énergies politiques » : au lieu de canaliser la pression vers le centre (Kinshasa), les acteurs se neutralisent mutuellement en interne. Résultat : la province apparaît comme faiblement audible lorsqu’il s’agit de défendre ses besoins vitaux.
Du point de vue de la communication politique, le silence des députés nationaux n’est pas anodin. Il signale soit une absence de stratégie, soit une forme de communication d’évitement pour ne pas apparaître comme en friction avec le pouvoir central. Or, dans un environnement institutionnel où la défense des intérêts provinciaux repose en partie sur la visibilité médiatique et la construction d’un narratif collectif, ce choix du silence affaiblit la province. Une élite politique mature devrait transformer ce type d’annonce en opportunité de mobilisation, non en épisode de résignation.
Sur le plan psychologique institutionnel, les acteurs du Mai-Ndombe semblent enfermés dans une logique défensive, parfois réactive, rarement proactive. Ils consacrent plus d’énergie à des confrontations internes qu’à la construction d’un front institutionnel capable de peser dans les arbitrages nationaux. Cette dynamique n’est pas unique au Mai-Ndombe : on l’observe dans diverses organisations où l’absence de vision partagée conduit à des comportements non-coopératifs.
Stratégiquement, il est temps d’opérer un basculement dans la manière de défendre la province :
- Construire un leadership provincial aligné, capable de dépasser les clivages internes pour parler d’une seule voix à Kinshasa.
- Mettre en place un plaidoyer institutionnel structuré, fondé sur des données, des priorités claires et un calendrier d’action.
- Revaloriser la communication publique, pour rendre visibles les besoins de la province et rappeler au gouvernement central la valeur stratégique du Mai-Ndombe.
- Réhabiliter la responsabilité politique, afin que la population sache qui défend réellement ses intérêts et qui choisit le confort du silence.
Le Mai-Ndombe ne manque ni de potentiel ni de ressources humaines : il manque une capacité collective de projection dans la grande conversation nationale. Les querelles internes ne doivent plus être l’alibi qui justifie l’invisibilité provinciale. Le développement n’est jamais le fruit du hasard ; il est le résultat d’un rapport de force intelligemment construit.
Une province n’existe politiquement que lorsqu’elle se fait entendre et surtout lorsqu’elle parle pour son peuple, pas contre elle-même.
Ferry Barnez BONKALI / Analyste indépendant
