La décision de la Cour constitutionnelle de condamner Augustin Matata Ponyo à dix ans de travaux forcés annoncé le mardi 20 Mai dernier, a provoqué une avalanche de réactions dans le paysage politique et au sein de la société civile congolaise. Si certains applaudissent un signal fort contre les détournements de fonds publics, d’autres crient à une instrumentalisation de la justice. Olivier Kamitatu, bras droit de Moïse Katumbi, n’a pas mâché ses mots, accusant la Cour d’être désormais « au service de la dictature ».

Justice sélective ou justice exemplaire ?

La condamnation de l’ancien chef du gouvernement n’a pas laissé indifférents les défenseurs des droits humains. L’Association africaine de défense des droits de l’homme (Asadho) dénonce une lutte contre la corruption à géométrie variable. « Il faut que la justice concerne tous les auteurs de détournements, sans exception », martèle Jean-Claude Katende, son président. Il regrette que plusieurs affaires impliquant de hauts responsables n’aient jamais abouti, alimentant un sentiment d’impunité généralisée.

Jonas Tshiombela, à la tête de la Nouvelle société civile congolaise (NSCC), partage cette inquiétude. Il estime que la condamnation de Matata Ponyo ne saurait être isolée. Pour lui, d’autres projets ayant connu des échecs retentissants, comme celui de Tshilejelu, mériteraient également l’attention des juges.

Kamitatu tire à boulets rouges sur la Cour

Dans un message diffusé sur X (anciennement Twitter), Olivier Kamitatu a vivement réagi au verdict. Pour lui, cette décision judiciaire illustre une dérive autoritaire : « À force de rendre des jugements iniques, la Cour constitutionnelle s’est transformée en relais du pouvoir en place. En revenant sur son incompétence déclarée en 2021 pour condamner aujourd’hui Matata, elle a trahi l’État de droit », a-t-il écrit.

Un avertissement pour les auteurs de détournements ?

À l’inverse, certains observateurs voient dans cette condamnation un précédent salutaire. Georges Kapiamba, président de l’Association congolaise pour l’accès à la justice (ACAJ), y voit une avancée significative. Selon lui, « cette décision constitue un message clair : les détourneurs de fonds publics ne sont plus intouchables ».

L’ancienne sénatrice Francine Muyumba, membre du Front commun pour le Congo (FCC) de Joseph Kabila, a exprimé son soutien à Matata Ponyo. Dans une déclaration publique, elle l’a encouragé à rester fort face à ce qu’elle considère comme une épreuve politique.

Du côté du Maniema, province d’origine de Matata et bastion de son parti LGD (Leadership et Gouvernance pour le Développement), la réaction est tout aussi critique. Justin Kamango Tabena, responsable fédéral du parti à Kindu, affirme que la décision ne les surprend guère, mais alerte sur ses conséquences : « Le pays traverse déjà une crise profonde. Cette condamnation risque d’accentuer les tensions et d’affaiblir davantage l’unité nationale », prévient-il.

La sentence de la Cour constitutionnelle est définitive, Augustin Matata Ponyo a été reconnu coupable d’avoir détourné 156,8 millions de dollars dans le cadre du projet agro-industriel de Bukanga-Lonzo, en collaboration avec l’ex-gouverneur de la Banque centrale. Il est également impliqué dans un second dossier portant sur 89 millions de dollars avec l’homme d’affaires sud-africain Christo Globler.

Outre la peine de travaux forcés, la Cour a prononcé une inéligibilité de cinq ans, ordonné l’arrestation immédiate du condamné ainsi que la saisie de ses avoirs mobiliers et immobiliers, proportionnellement aux montants détournés.

Merveille META

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