Berceau reconnu d’intelligence en RDC, la province du Mai-Ndombe sombre paradoxalement dans des pratiques communicationnelles où l’incompréhension devient un prestige, la confusion une expertise, et le rejet de l’autre un serment de loyauté. Une dérive observée notamment dans les forums numériques locaux de ladite province. Analyse sociologique, anthropologique, culturelle et politique d’un paradoxe qui inquiète.

L’arène numérique : nouvel espace de pouvoir et de visibilité

Sur les forums WhatsApp de Mai-Ndombe, les débats ne sont plus une confrontation d’idées mais une lutte acharnée pour exister dans le regard du groupe.

Ici, créer le clash, c’est créer de la notoriété.

Celui qui parle le plus fort est jugé plus compétent que celui qui raisonne. L’incompréhension devient une compétence sociale, car elle permet d’éviter toute remise en question intellectuelle. Le bruit remplace la pensée.

La parole au service du paraître : un héritage culturel détourné.

Terre d’éloquence et de prestige oratoire, le Mai-Ndombe a toujours valorisé la parole publique.
Mais dans l’ère du smartphone : le discours se vide de sens et l’émotion écrase la logique; la confusion attire l’attention et fidélise une “audience”. La performance prend le dessus sur la vérité.
La parole n’éclaire plus : elle cherche à dominer.

Rivalités communautaires : l’égo avant le progrès.

Sous-régionalismes, compétitions de leadership, conflit des égos… La fragmentation identitaire resurgit.
Dans cette logique : reconnaître la compétence d’un frère, c’est accepter de lui céder une part de lumière.

« Si l’autre brille, je disparais. »
Telle semble être la devise non dite qui guide de nombreux échanges. Résultat : la contradiction devient un automatisme, même sans argument.

La politique attise les braises : la division comme stratégie.

Les acteurs politiques exploitent ces tensions pour contrôler l’opinion :

  • On encourage des polémiques fabriquées;
  • on manipule les groupes comme caisses de résonance;
  • On oppose les communautés pour rester indispensables.

Le débat citoyen devient un terrain de propagande.

La crise d’identité : une province prisonnière de sa réputation.

Mai-Ndombe revendique son statut de terre d’intellectuels.
Mais plus ce discours est répété, plus l’écart se creuse entre l’image et la réalité des pratiques.

Ce n’est pas l’intelligence qui manque, mais :

  • la cohésion;
  • l’humilité intellectuelle;
  • la culture du progrès collectif.

Le berceau d’intelligence est aujourd’hui en conflit avec lui-même.

Comment sortir de l’ère du vacarme ?

Enjeu et Solution proposée:

  • restaurer la valeur de la raison ;
  • former des modérateurs;
  • encourager l’analyse et la vérification;
  • bâtir l’unité;
  • instaurer une culture d’appréciation de la réussite d’autrui;
  • rehausser le leadership;
  • responsabiliser les élites numériques et influencer positivement la jeunesse

Conclusion : penser ne signifie pas combattre

L’avenir de Mai-Ndombe dépend d’une prise de conscience collective :

  • cesser de transformer tout débat en duel d’ego;
  • redonner à la parole sa mission : éclairer, pas humilier;
  • replacer la compétence au cœur de la reconnaissance sociale.

Lorsque la Province acceptera que le succès d’un frère n’efface pas le sien, alors l’intelligence reprendra sa place… comme moteur de progrès, et non comme prétexte de discorde.

Calvin MPUTU KENKEKE

By admin