Le Mai-Ndombe demeure l’une des provinces les plus dotées de la République démocratique du Congo en ressources naturelles, tout en figurant paradoxalement parmi les moins développées sur le plan socio-économique.
Forêts denses, vastes tourbières, lacs, réseaux fluviaux et biodiversité remarquable constituent un potentiel considérable pour les populations locales. Cette abondance ne se traduit ni par des infrastructures adéquates ni par une amélioration tangible des conditions de vie.
Dans plusieurs territoires de la province, les infrastructures routières sont quasi inexistantes ou fortement dégradées. Les déplacements s’effectuent essentiellement par voie fluviale, souvent dans des conditions précaires.

Les établissements scolaires manquent d’infrastructures adaptées, les centres de santé restent sous-équipés et l’accès à l’eau potable demeure un défi quotidien pour de nombreuses communautés.
Le constat est similaire à Inongo, Kiri, Kutu, Oshwe, Bolobo, Yumbi, Mushie et Kwamouth : la présence de l’État se fait peu ressentir à travers des réalisations concrètes.
Les projets de développement annoncés peinent à se matérialiser, faute de financements suffisants, de suivi rigoureux et de capacités institutionnelles adéquates. La province évolue ainsi à un rythme lent, sans réelle capacité d’investissement public structurante.
Ce contraste est d’autant plus frappant que le Mai-Ndombe est régulièrement mis en avant dans les débats internationaux relatifs à la protection de l’environnement et à la lutte contre le changement climatique. Son rôle dans la régulation écologique mondiale est reconnu. Toutefois, sur le terrain, les populations locales ne bénéficient pas encore des retombées économiques et sociales liées à cette reconnaissance internationale.

Par ailleurs, l’insécurité persistante dans certaines zones, notamment à Kwamouth, aggrave la situation. Elle freine les activités économiques, décourage les investisseurs et accentue l’isolement de la province. Dans ce contexte, les autorités locales se trouvent cantonnées à la gestion des urgences quotidiennes, sans marge de manœuvre suffisante pour impulser un développement durable et inclusif.
Le Mai-Ndombe illustre ainsi un paradoxe saisissant : une province vaste, riche et stratégique pour l’avenir écologique du pays, mais confrontée à une carence chronique en infrastructures et à un retard de développement persistant. Pour de nombreux habitants, la richesse naturelle du territoire demeure une promesse lointaine, encore absente de leur réalité quotidienne.
Ce déséquilibre soulève une question fondamentale : comment une province aussi cruciale pour l’avenir environnemental de la RDC peut-elle rester aussi marginalisée sur le plan du développement ? Tant que des réponses concrètes et des actions structurantes ne seront pas apportées, le Mai-Ndombe continuera d’incarner l’image d’une richesse immense, mais largement inexploitable au bénéfice de ses propres populations.
Matthieu BEYA
